Le musée Zénon Alary. Un musée hors de l’ordinaire. Magazin’Art 2015.

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Le musée Zénon Alary, Un musée hors de l’ordinaire

La première fois que j’ai visité le musée Zénon Alary à Mont-Rolland, j’ai été surpris de constater qu’une telle qualité d’établissement pouvait être aussi méconnue dans la région des Laurentides. Je m’étais alors promis d’écrire un article sur l’institution qui défie les normes muséales. En effet, sans le dévouement d’une extraordinaire équipe de bénévoles et de l’acharnement de Mme Simone Constantineau, la fondatrice, il y aurait belle lurette que ce projet se serait envolé en fumée.

Mme Constantineau était voisine du sculpteur Zénon Alary, qui était considéré, par les villageois de Mont-Rolland, dans les années ’40, comme un type un peu étrange, sans emploi sérieux, et qui faisait figure d’un être marginal. Plus jeune, Zénon avait pourtant travaillé sur des chantiers et fait le flottage des billots (la drave) à l’image des hommes de son temps. Puis, durant la grande dépression, il besogna à Montréal sur des chantiers, puis dans une manufacture et, ensuite, comme tailleur de pierre pour nourrir sa famille de trois enfants. Mais en 1937, alors qu’il avait 42 ans, l’homme fréquenta pour une courte durée l’École du Meuble avant de faire de sa passion, un ouvrage à temps plein.

 
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Malgré le côté particulier du personnage, les gens de Mont-Rolland aimaient tout de même cet individu pacifique qui passait ses journées à «gosser» du bois et à représenter des scènes animalières. Plusieurs cultivateurs lui apportaient des billes de tilleul ou des sections d’arbres contenant d’impressionnants chancres ou autres particularités qui pouvaient être utilisées par notre oiseau rare.

De son vivant, l’artiste était un être discret. Il exposait occasionnellement à Montréal et quelques collectionneurs et mécènes l’encourageaient en commandant des pièces. Il réalisa au cours de sa vie une panoplie de sculptures, en passant des totems, aux figures religieuses et aux objets décoratifs, mais, son indéniable attrait se retrouve dans sa production animalière. Notre homme s’inscrit dans la tradition artisanale qui est malheureusement trop souvent reléguée à de l’art populaire. Pourtant, de très grands artistes sont à la fois des artisans qui maîtrisent parfaitement leur technique de production et qui possèdent, en plus, une vision du monde qui leur est unique. Alary était un observateur très attentif du monde rural de son époque et il le rendait admirablement bien au travers les nervures finement ciselées de ce bois qu’il aimait tant.

 
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Après la mort du sculpteur en 1974, Mme Constantineau décida, avec l’aide d’un petit comité, de créer un musée pour mettre en évidence son œuvre. Le conseil municipal de Mont-Rolland lui fournit un petit espace situé à même ses locaux, puis un sous-sol d’une église. C’est là que notre entrepreneure se mit à faire de la location de costumes et à opérer parallèlement une friperie dans le but de financer le rachat des œuvres du défunt. L’hôtel de ville était alors située dans une ancienne école qu’elle avait héritée des frères maristes.

Lors de la fusion de Ste-Adèle et de Mont-Rolland en 1995, le local de l’hôtel de ville fut relocalisé et l’école fut vendue à la Fondation Zénon Alary pour la somme de $1. Depuis, ce temps, la location des locaux ainsi que la friperie permettent d’opérer le lieu d’exposition, qui ne verse aucun salaire, hormis une personne à l’entretien. Est-ce utile de mentionner que la conviction et la détermination de Mme Constantineau et de toute cette équipe de bénévoles qui opèrent la friperie, remplissent les heures d’ouverture et qui tiennent le fort à bout de bras depuis 40 ans, demeurent quelque chose qui est complètement hors de l’ordinaire? Malgré cette contraignante façon d’opérer, le musée est une véritable institution de qualité. La propreté des lieux, les soins apportés à la présentation des œuvres et la courtoisie des bénévoles sont remarquables.

En visitant la galerie, j’ai été étonné de la versatilité et de l’abondante production de Alary. Nous sommes ici loin de l’objet artisanal créé et recréé pour le plaisir de vendre à des touristes. Chaque œuvre est exclusive, travaillée avec patience et les représentations des mœurs des animaux sont étudiées et basés sur des observations attentives, tout le contraire des pièces produites à la chaîne. Il est indéniable que Zénon Alary n’aura pas été reconnu de son vivant à sa juste valeur et que ce lieu culturel lui rend un hommage posthume bien mérité.

 
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Pour terminer cet article, je me dois de remercier monsieur St-Germain, l’hôte qui m’a chaleureusement accueilli et qui m’a raconté cette passionnante histoire de femmes et d’hommes dévoués qui ont su racheter une à une les œuvres du sculpteur pour les présenter au public en guise de témoignage à cet habitant qui vécut dans leur village et qui était, hors de tout doute, un artiste d’exception.