Suzanne Maillé : artiste-verrier

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Suzanne Maillé : artiste-verrier (article paru dans le Magazin’Art #124/été 2019)

 

Avec Suzanne Maillé, il est tout naturel de commencer la conversation en parlant d’oiseaux. C’est d’ailleurs avant l’une de ses conférences sur les canards qu’elle tiendra à St-Jovite devant les membres du club d’ornithologie des Hautes-Laurentides que nous nous rencontrons pour un interview. C’est en 1976 que débute sa passion et, aujourd’hui, elle sait reconnaître plus de 150 espèces en écoutant simplement leur chant. Avant de parler de son art, nous jasons de Grands Pics, de Bruants, de Chouettes rayées et autres habitants emplumés de nos forêts.

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Couple de colibris et fuschias

En fait, Suzanne a commencé à faire du vitrail au début des années ‘80. Ses sujets de prédilection se sont rapidement tournés vers la faune ailée. Son travail a été remarqué tant par sa qualité que par la précision de ses sujets. À partir de l’année 1987, elle participe à quelques expositions d’art animalier, les plus importantes étant celles de Québec en 1995 et 1996 (L’Art et la Nature). On y retrouve les professionnels les plus talentueux dans ce domaine au Québec. Nous parlons ici de Jean-Luc Grondin, Ghyslain Lefebvre, Pierre Leduc et de nombreux autres. Elle est la seule à créer ses assemblages lumineux et non-conventionnels parmi les peintres, sculpteurs et taxidermistes. La reconnaissance de ses pairs, autant verriers qu’ornithologues, ne se fait pas attendre et, au fil des ans, elle rafle plusieurs prix d’excellence.

 

Le jury dans ces salons spécialisés est exigeant, car un biologiste y siège pour s’assurer que les œuvres sélectionnées sont conformes à la réalité. Les plantes et les habitats des animaux doivent s’inscrire dans un souci de réalisme. Cette rigueur scientifique, Suzanne ne la perdra jamais pour le restant de ses jours. Dans ses compositions subséquentes, elle présentera une Paruline bleue parmi les feuilles de trembles, un Grand Héron entouré de nénuphars, un Canard branchu sur un fond de sarracénies et ainsi de suite.

 

Évidemment, il lui faut styliser un peu, car le vitrail, ce n’est pas aussi précis qu’un pinceau pour l’huile ou l’acrylique. La technique qu’elle utilise, appelée « Tiffany » ou technique au ruban de cuivre, impose ses limites. Notre amante d’effets lumineux a développé ses trucs et recettes pour reproduire les coloris et diverses textures représentant fidèlement la nature et ses riches habitats. Le choix du verre donnera souvent l’effet escompté, que ce soit pour les fines nervures des ailes ou les reflets sur l’eau. Elle peut aussi rehausser avec de fines lignes de peinture certains éléments trop petits pour être découpés mais essentiels pour identifier l’espèce.

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Seigneur de l’érablière

 

Lors de l’une de ses expositions, elle rencontre la naturaliste Gisèle Lamoureux, auteur chez Fleurbec des guides d’identification des plantes. L’écologiste recommande alors cette femme au talent indéniable à l’Association des Biologistes du Québec. Depuis maintenant 24 ans, cet organisme lui achète des pièces qu’elle offre en cadeau à des personnalités marquantes pour leur engagement envers l’environnement. Ses prix ont été remis, entre autres, à Jean Lemire, aux Cowboys Fringants, à Pierre Gingras et à Boucar Diouf.

Bien qu’elle soit avant tout une artiste animalière, Mme Maillé s’offre la liberté de réaliser des séries d’un style plus contemporain. Elle aime dessiner de belles courbes pour des mandalas ou faire naître de beaux mouvements dans le style Art Nouveau. L’agencement harmonieux des différents motifs de verre fait en sorte que ses conceptions sont équilibrées, qu’elles soient prévues pour des résidences privées ou pour des commerces. Plusieurs clients de la région de Tremblant ont acquis de ses merveilles dont l’Hôtel Quintessence, le Château Beauvallon, L’Hermitage du Lac, la Caisse populaire et la Ville de Mont-Tremblant.

 

La centaine de pièces qu’elle a produites pour les clients privés, les designers et l’Association des Biologistes du Québec témoignent de son talent. L’expérience acquise après 40 ans de métier fait de Suzanne Maillé une fantaisiste du verre qui réalise des pièces uniques comme on en voit très peu. Au moment de mettre sous presse, notre amie revenait tout juste du symposium des arts de Drummondville et se préparait pour un autre rendez-vous à St-Sauveur. L’oiseau rare habite le village de Brébeuf, dans les Laurentides. Son atelier, baigné par la lumière, est entouré par une nature magnifique qui inspire la genèse de ses chefs-d’œuvre.

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Grand héron