Mireille Dubreuil. Des pierres qui ont de la veine. Magazin’Art 2016.

Garagonthier

Des pierres qui ont de la veine

 Quiconque sonde le monde artistique de Mireille Dubreuil est convié à vivre une expérience fascinante et instructive. Sa passion pour le monde minéral, son sourire contagieux, sa sensibilité sont les ingrédients de la recette qui font d’elle un être d’exception.

Forte de ses 20 années à voyager, Mireille a depuis longtemps compris que la richesse de son existence est en grande partie héritée de cadeaux d’inconnus bienveillants qui savent eux aussi, depuis longtemps, lire dans les pierres du temps.

Que ce soit l’albâtre des Îles-de-la-Madeleine, la stéatite du Brésil, la chlorite du Japon ou le marbre du Vermont, chaque caillou a son langage. Lorsqu’on les écoute, ces pierres nous parlent, car dessinées dans les sillons de leurs veines, des âmes ont caché leur visage, à l’abri du regard des marchands.

Garagonthier, Stéatite brésilienne.Mireille Dubreuil.

Garagonthier

Notre bourlingueuse a certes la touche pour réveiller ces personnages et leur donner vie, elle qui à grands coups de maillet retrace leur parcours et les contours de leur peau.

Travailler la roche demande de la force, de la patience et de la résilience. Lorsque le matériau brut est déposé sur la table, il reste un imposant boulot à effectuer. Trouver le sujet, dégrossir la pièce, la marteler, la polir puis la conserver, bref, une suite de tâches délicates attend l’artiste.

Il faut, de plus, conserver l’oeuvre finale à l’abri des chocs et des bris qui pourraient survenir, car bien qu’elle paraisse forte, la roche est également très fragile. Le moindre impact, une égratignure, une seconde d’inattention et la voilà tombée au sol, irrémédiablement brisée, fendue ou craquée. Et c’est sans compter le coup de marteau fatal qui fait voler un éclat faisant perdre la forme désirée. La réparation est souvent impossible sinon avec une grande dose de patience et d’expertise pour recoller les morceaux.

Mireille débute sa pièce en taillant tout en suivant les veines. Elle découvre ainsi des lignes de mouvement qui serviront de base à la formation de son œuvre finale. Elle utilise très peu d’outils mécaniques, travaillant presqu’exclusivement à la main. La poussière et les vibrations générés dans les bras par les scies ne l’enchantent guère.

Les ciseaux pour tailler sont très dispendieux et il faut de bons avant-bras pour les manier durant des heures. Notre créatrice aime jouer avec les textures. Elle laisse les formes naturelles côtoyer les surfaces polies et arrondies rappelant ainsi la forme primaire du matériau.

poisson vert

Poisson vert, roche sédimentaire. M. Dubreuil.

Lorsqu’elle découvre un minerai qu’elle choisira de marteler, elle sculptera sa forme finale dans le plus grand volume de la masse de la pierre originale pour en conserver l’intensité vibratoire. Une fois l’œuvre terminée et polie, il est étonnant de voir la palette de couleurs que les pierres peuvent générer. On sent chez Dubreuil l’influence de l’art primitif et inuit.

Des projets, notre hôte en a plein dans la tête ; exposer prochainement à la salle Desjardins de Tremblant, continuer à siéger sur le CA de l’organisme artistique Le Lézarts Loco, s’impliquer encore dans les Créateurs de Rêves, un événement festif et récurrent et, évidemment, faire naître de nouvelles figures !

Terminons en mentionnant que son atelier est situé au pied des falaises du bouclier canadiens. Ces grands blocs erratiques, rescapés des âges et transportés par des glaciers l’inspirent. À ses yeux, les rois des lieux sont ces rocs qui se dressent au milieu de la forêt laurentienne, comme de sentinelles intemporelles qui portent leur regard vers le lointain.

L’Aiguille, le mont Condor et le mont King sont parmi les sommets qui ont inspiré Mireille qui leur a dédié un ensemble de pièces. Au-delà de l’esthétisme notre sculpteure réussit à faire émerger du monde minéral un sentiment de paix et de conscience. Cet état d’esprit ouvre la porte à de belles rencontres qui sont comme les fruits que l’on récolte des pensées que l’on sème.

http://www.dubreuilsculpture.com/